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Souveraineté Numérique : Le Cloud Américain, une bombe à retardement pour vos données publiques
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Souveraineté Numérique : Le Cloud Américain, une bombe à retardement pour vos données publiques

Vous gérez des données sensibles. État civil, listes électorales, demandes d'aides sociales, peut-être même des informations de santé. Le choix d'un hébergeur cloud pour moderniser vos services semble une évidence, et les géants américains sont souvent les premiers noms qui vienn

Par Alan BourhisMis à jour le

Vous gérez des données sensibles. État civil, listes électorales, demandes d'aides sociales, peut-être même des informations de santé. Le choix d'un hébergeur cloud pour moderniser vos services semble une évidence, et les géants américains sont souvent les premiers noms qui viennent à l'esprit. Facile. Économique. Mais cette facilité est un piège juridique. En effet, en confiant les données de vos administrés à une entité de droit américain, vous exposez votre collectivité, et votre propre responsabilité, à une loi extraterritoriale : le CLOUD Act. C'est une menace directe pour votre souveraineté numérique. Par conséquent, il est impératif de comprendre ce risque pour garantir la sécurisation des achats et protéger l'intérêt général.

Le CLOUD Act expliqué aux décideurs publics : une menace pour votre souveraineté numérique

Le CLOUD Act (_Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act_) n'est pas une simple directive technique. C'est un texte de loi américain de 2018 qui a des implications profondes pour toute collectivité territoriale française. Il est donc essentiel de bien le comprendre pour mesurer son impact.

Qu'est-ce que le CLOUD Act exactement ?

Pour faire simple, cette loi fédérale américaine oblige les fournisseurs de services basés aux États-Unis (comme Google, Amazon Web Services, Microsoft) à fournir aux autorités américaines, sur simple mandat, les données qu'ils stockent. Et ce, peu importe où ces données se trouvent physiquement dans le monde. Un serveur à Roubaix ou à Francfort n'y change rien. Si l'entreprise mère est américaine, elle est soumise au droit américain. C'est le principe de l'extraterritorialité de la loi, une réalité qui heurte de plein fouet notre conception de la souveraineté numérique.

L'incompatibilité fondamentale avec le RGPD

Le problème majeur est là. Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) impose des conditions très strictes pour le transfert de données personnelles hors de l'Union européenne. Or, une demande d'accès via le CLOUD Act ne respecte aucune de ces conditions. La Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) a d'ailleurs confirmé cette incompatibilité dans son fameux arrêt « Schrems II » du 16 juillet 2020, qui a invalidé le « Privacy Shield », l'accord qui encadrait ces transferts de données vers les États-Unis. En d'autres termes, la justice européenne a jugé que le droit américain n'offrait pas un niveau de protection des données suffisant. En continuant d'utiliser ces services, une collectivité se place en situation d'illégalité vis-à-vis du RGPD.

Les conséquences concrètes pour votre collectivité : bien plus qu'un risque juridique

Penser que ce débat est purement théorique serait une grave erreur. Les conséquences sont directes, opérationnelles et financières. Elles touchent directement à la bonne gestion des deniers publics et à la confiance que vous portent vos administrés.

  • Mise en cause de la responsabilité de l'élu et du DGS : En cas de contentieux, votre responsabilité personnelle peut être engagée pour manquement à l'obligation de protection des données personnelles.
  • Sanctions financières de la CNIL : Les amendes pour non-respect du RGPD peuvent atteindre des montants considérables, représentant une dépense imprévue et injustifiable pour la collectivité.
  • Perte de confiance des citoyens : Apprendre que des données personnelles (parfois intimes) sont potentiellement accessibles par un gouvernement étranger érode durablement le lien de confiance entre les élus et les habitants. C'est un enjeu majeur pour la démocratie participative.
  • Impact sur la performance de l'achat : Un contrat d'hébergement initialement attractif peut se transformer en gouffre financier à cause des frais juridiques, des amendes et des coûts de migration en urgence vers un cloud souverain collectivité. C'est l'antithèse de la performance de l'achat.

Cloud souverain collectivité : comment intégrer la souveraineté numérique dans vos marchés publics ?

La solution réside dans l'anticipation et l'intégration de cette exigence de souveraineté numérique au cœur de vos procédures d'achat, conformément au Code de la commande publique (CCP). Vous avez les outils pour vous protéger.

Le sourçage : l'arme n°1 pour la sécurisation des achats

Avant même de rédiger votre cahier des charges, le CCP vous encourage à réaliser un sourçage. Cette phase de dialogue avec le marché est cruciale. C'est le moment d'interroger les prestataires potentiels :

  • Quelle est la nationalité de votre maison-mère ?
  • Êtes-vous soumis à une loi extraterritoriale comme le CLOUD Act ?
  • Disposez-vous de certifications reconnues comme le visa SecNumCloud de l'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information) ?

Ce premier filtre permet d'écarter les offres qui, bien que séduisantes, présentent un risque juridique inacceptable pour votre collectivité.

Rédiger des clauses qui protègent votre collectivité

Dans votre Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP), vous devez être explicite. Ne vous contentez pas d'une vague mention « conforme RGPD ». Il faut aller plus loin pour assurer une pleine souveraineté numérique. Voici des exemples de clauses à intégrer :

  • Exigence juridique : « Le titulaire devra être une société de droit européen, dont le capital n'est pas majoritairement détenu par une entité de droit non-européen. Il devra attester sur l'honneur n'être soumis à aucune législation extraterritoriale de type CLOUD Act. »
  • Exigence géographique : « L'intégralité des données traitées et hébergées dans le cadre de ce marché devra l'être sur le territoire de l'Union Européenne, sur des serveurs opérés par le titulaire. »
  • Exigence de certification : Pour les projets les plus sensibles, exiger des labels est un gage de sécurité. Le label SecNumCloud est la plus haute qualification en France. Pour un projet impliquant un centre communal d'action sociale (CCAS) ou une maison de santé, l'exigence d'un hébergement données de santé certifié HDS mairie est non négociable.

La souveraineté numérique : un pilier de la performance de vos achats

En conclusion, la souveraineté numérique n'est pas un concept abstrait réservé aux experts. C'est un impératif de gestion pour tout acheteur public soucieux de protéger ses administrés, sa collectivité et sa propre responsabilité. Ignorer le CLOUD Act et la jurisprudence Schrems II, c'est faire le choix d'un risque majeur pour un bénéfice économique souvent illusoire.

La sécurisation de vos achats passe par une analyse complète des risques, au-delà du seul critère du prix. L'intégration de clauses de souveraineté dans vos marchés est le seul moyen de garantir la conformité et la pérennité de vos services numériques. C'est un choix stratégique qui renforce la confiance et protège l'intérêt général.

Cette exigence est au cœur des solutions modernes de gestion de la relation citoyen. Un outil comme un logiciel GRC pour mairie doit reposer sur une infrastructure irréprochable. En choisissant PublikConnect, vous optez pour une solution qui intègre cette exigence de souveraineté numérique dès sa conception. Nous assurons la conformité de vos processus et la sécurité des données que vous nous confiez.

AB

Alan Bourhis·Co-fondateur

Cofondateur de PublikConnect, il conçoit le produit et définit la stratégie de croissance. Convaincu que la commande publique locale mérite des outils à la hauteur de ses enjeux.

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Questions fréquentes

Non, absolument pas. C'est le piège le plus courant. Même si les serveurs sont en France et gérés par une filiale française, c'est le droit de la maison-mère qui prime. Si celle-ci est américaine, elle reste soumise au CLOUD Act et donc à l'obligation de livrer les données aux autorités américaines si elles le demandent. La souveraineté numérique impose une indépendance juridique et capitalistique.
La certification HDS (Hébergeur de Données de Santé) est obligatoire pour toute entité qui héberge des données de santé à caractère personnel. Pour une mairie qui gère un centre de santé, un EHPAD ou même certains services sociaux, c'est une obligation légale. Lors de votre sourçage, vous devez donc vérifier que les prestataires potentiels disposent bien de cet agrément pour les six activités couvertes. De plus, il faut coupler cette exigence HDS à celle d'un cloud souverain pour éviter le risque CLOUD Act.
L'ANSSI est l'autorité nationale en matière de cybersécurité et de confiance numérique. Son visa SecNumCloud qualifie des services cloud dont le niveau de sécurité, de performance et de confiance a été rigoureusement audité. Choisir un prestataire SecNumCloud, c'est opter pour la meilleure garantie de souveraineté numérique que l'État français peut offrir. C'est un critère discriminant extrêmement puissant dans un appel d'offres.